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Albacore

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Witches, rescapé de la chasse aux sorcières

Publié par Syl Alba sur 26 Décembre 2020, 12:53pm

Catégories : #Albacorpse

Toujours debout et plus déterminé que jamais !

Toujours debout et plus déterminé que jamais !

Witches est un groupe à part dans le paysage extrême français. Né dans le sud en 1986, il est un précurseur dans l'utilisation de vocaux gutturaux féminins dans l'Hexagone, des hurlements que l'on doit à  Sibylle Colin-Tocquaine, sœur d'Alex Colin-Tocquaine d'Agressor et qui s'est battue pendant plusieurs décennies pour maintenir le bateau à flot, tandis que dans le même temps de nombreuses formations françaises de thrash et de death périclitaient ou disparaissaient purement et simplement, victimes entre autres d'un désintérêt pour le genre au milieu des nineties. Witches perpètre un "thrash death speed metal" qui n'a pas particulièrement vocation à laisser de prisonniers, constat que l'on peut aussi bien tirer de leurs débuts discographiques que de leur tout nouvel album, The Fates.

Ce premier album, d'abord autoproduit en 1994 puis ressorti par Abathrash l'année suivante, est un objet de culte pour de nombreux métalleux

Ce premier album, d'abord autoproduit en 1994 puis ressorti par Abathrash l'année suivante, est un objet de culte pour de nombreux métalleux

3.4.1., album culte et éminemment rageur, s'est avéré être un choix facile pour emboîter le pas à la chronique du livre Enjoy The Violence et ainsi démarrer concrètement le dossier consacré à ce dernier. Il cumule en effet plusieurs aspects déterminants : il constitue l'une de mes toutes premières acquisitions en matière de metal extrême, via Adipocere, il est l'œuvre d'un groupe qui non seulement figure au menu de l'incontournable recueil de Sam Guillerand et Jérémie Grima, mais continue à être actif en 2020, un disque tout chaud et surmotivé entre les mains, et s'il est sorti à une période où une légère odeur de roussi commençait à émaner de la scène agressive mondiale, son contenu est profondément ancré dans la musique proposée par les groupes ayant sorti leur premier pavé dans les eighties. Ajoutez à cela un artwork également en noir et blanc et une incontestable aura qui entoure la formation originaire d'Antibes (le statut de toute première hurleuse de France de Sibylle, les velléités de composer un groupe à haute teneur féminine, l'ombre bienveillante d'un grand frère à la notoriété et la respectabilité certaines, la longévité d'acier...), et le débat sera vite clos. Bien sûr, il ne fait aucun doute qu'un article portant sur une toute nouvelle sortie est bien plus utile si l'on cherche à soutenir un artiste ou un groupe (ce qui est évidemment mon cas), mais d'une part je me suis lancé le défi de n'evoquer que des CDs, livres, DVDs peut-être, et autres supports éventuels, que j'ai en ma possession, d'autre part la chronique de The Fates est elle-même dans les cartons depuis déjà pas mal de temps, et aura elle aussi son heure d'ici peu. De plus, Witches et 3.4.1. figuraient déjà au programme du premier top d'Albacore, tourné autour des chanteuses qui hantaient nos nuits voire nous harcelaient en pleine journée (sa frontwoman y côtoyait des ovnis comme Karyn Crisis, Brody Dalle ou Agnete de Djerv)... D'un point de vue musical, la réécoute de cette salve initiale est bluffante. Même si ce premier full-length a peut-être eu le temps d'être davantage mûri que certains de ses congénères (pas moins de cinq démos l'ont précédé), sortis plus précipitamment ou en tous cas produits avec un peu plus d'urgence, le mix d'agressivité, de férocité vocale et de maîtrise des instruments est ahurissant. Les nostalgiques se rappelleront sans doute d'une pelletée de démos et de premiers opus charriant leur lot de titres marquants, mais quand la qualité d'un "Horror Museum" (et sa mythique intro aussi féerique que brève) se retrouve sur toute la longueur d'un disque, on atteint des standards rarement observés à l'époque (et c'est d'ailleurs une sensation similaire que j'ai ressentie quand j'ai découvert The Fates). Surtout qu'on ne parle pas d'un brûlot de 32 minutes ici. Comptez le double plutôt (oui, j'avais anticipé, si vous vous posez la question). Soit plus d'une heure de thrash death décoiffant, supersonique mais pas que, respectueux des codes mais pas que (quelques incartades bien senties viennent aérer l'ambiance, comme dans le morceau fleuve "Mirror Of Memories", dans "High History" ou sur la conclusion "Code Name Experiments" ). Les vociférations de Sibylle apportent ce surplus de haine qui intensifie le côté sombre et occulte des compos. Elles sont parfois empreintes d'un feeling black (avis subjectif) et ponctuellement accompagnées d'une voix claire, pour un question-réponse du meilleur effet. Le niveau des riffs ne faiblit jamais et même lorsque l'on pense s'être fait son idée définitive à leur sujet, de démoniaques fulgurances surgissent pour nous montrer que Witches a plus d'un tour dans son chaudron (la boucherie "The Eye", mais ce n'est qu'un exemple parmi d'autres). "Ultra-thrash", comme dirait Crisix. Bref, un bonheur, augmenté bien sûr par les souvenirs qu'il fait émerger (j'ai dû découvrir le disque vers 1997 ou 1998, un an ou deux après être tombé entre les mains du metal extrême... Je vous l'ai dit dans la chronique de ETV, je suis jeune hahaha). En se repassant ces missiles on développe rapidement l'envie de voir le groupe à l'œuvre en live, afin qu'il nous atomise en puisant dans son dernier skeud et dans ses vieux hits. En attendant, rendez-vous très vite pour la suite des péripéties des héros de Enjoy The Violence, je m'en retourne prendre des claques avec mes écoutes au casque de vieux classiques qui prennent une toute autre dimension quand on ne les a pas dépoussiérés depuis des lustres (hérésie, oui je sais). On n'est pas au bout de nos surprises. 

Syl Alba

Des morceaux comme celui-ci étaient de véritables tours de force dans la scène hexagonale de l'époque

En suivant ce lien, vous serez directement immergés dans l'univers de Witches et dans son histoire... 

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