Albacore est reparti sur les chapeaux de roue avec dix groupes évoqués et donc dix sorties chroniquées depuis la reprise ! Ne boudez pas votre plaisir, il y en a pour tous les goûts cette semaine (à part pour les fans d'extrême, mais ça ne va pas durer) !
Sumeria est un groupe de metal alternatif originaire de Lille, auteur d'un premier EP en 2016 (Nos Lames Et Nos Vices) et qui vient de remettre le couvert cette année avec un nouveau 6-titres, Rémittence.
Le gros son qui nous accueille quand on se confronte à ce "Gardien", premier extrait sorti et titre chargé de nous ouvrir les portes du disque, nous donne une sérieuse indication sur la direction que les titres du EP vont prendre... Pensons-nous. En réalité, c'est un peu plus complexe que ça : sans être difficile à appréhender, la musique de Sumeria s'avère par contre bien trop colorée pour qu'on la résume à, par exemple, simplement du metal moderne. Si cette production très actuelle aide le groupe à (bien) se faire entendre, elle ne doit pas masquer l'amalgame entre les ambiances plus rock, le chant en français cyclothymique et les influences plus progressives. "Le Gardien" nous offre ainsi un spectacle varié et prenant, à l'image de Rémittence, nous promenant dans une galerie de têtes connues (Lofo, No One, L'Esprit du Clan –les gueulantes !– et effectivement, par intermittence, les pontes historiques du progressive/modern metal, comme Textures, même si ici tout se joue dans la subtilité et le mid-tempo) et nous embarque sans difficulté dans son univers. Les collectionneurs et les amateurs de supports physiques seront ravis d'apprendre que ce nouvel EP est disponible en CD, en digipack même s'il vous plaît, disponible chez Big Star Records à Arras (que je suis à titre personnel pressé de visiter) et très certainement auprès du groupe directement.
Vous pouvez découvrir Rémittence ici et suivre Sumeria ici.
Coven est un groupe français de punk/screamo, auteur d'un EP, La Chaleur Nous Accable, au début de cette année.
Chez Coven, on n'est que très peu porté sur l'auto-promo et le déferlement de qualificatifs visant à présenter le groupe ou sa musique. Hormis un message relativement bref visant à appuyer les valeurs qu'il défend, c'est bien au contenu de La Chaleur Nous Accable qu'est donnée la parole, et le rôle de montrer au monde l'étendue de la conviction qui anime les membres de Coven. "La Violence", premier titre du EP, s'acquitte fort bien de cette tâche et fait l'étalage de toute l'émotion qu'est capable de transmettre son géniteur, à travers un screamo déployé à flux tendu, qui vous agrippe à la gorge alors même que vous rappelez clairement n'avoir rien demandé à personne. L'alternance entre les arpèges feutrés, les trames en palm muting et les explosions typiques du genre fait mouche, et nous invite à imaginer la suite avec une impatience non feinte. Les vocalises, primordiales dans ce genre d'univers, sont parfaitement assurées, et leur sincérité finit de valider le bilan très positif que l'on peut dresser après les écoutes successives : "La Violence", on en veut encore et encore !
On peut suivre Coven ici et écouter La Chaleur Nous Accable ici.
(On me dit aussi que quelque chose se trame du côté de chez Sleepy Dog Records, mais on en reparlera en temps voulu...)
San Veleno est un projet italien expérimental, empruntant des éléments à de nombreuses chapelles (post-punk, metal, doom, avant-garde...) et auteur d'un premier single, Paura, Egoica Virtù.
Singulier groupe que ce San Veleno, comptant notamment dans ses rangs Padre Veleno, membre de deux autres formations plus foncièrement metal (Deviate Damaen et Hateful Desolation). Tout au long de ce premier titre, son chant schizophrène (parfois guttural) et ses élucubrations animent une musique d'ambiance plutôt lente, relativement lugubre et très éloignée des sentiers battus. Faute de guitare, c'est aux mélodies et à la basse que l'on s'en remet d'abord, puis c'est le clavier qui intervient pour dynamiser le morceau. Les différentes orchestrations, de leur côté, confèrent à "Paura, Egoica Virtù" un aspect à la fois inquiétant et grandiloquent. Une fois tout cela assemblé, vous obtenez un titre déconcertant, pas forcément abordable et immédiat mais qui, comme le veut l'expression, gagne à être connu. En effet, si quelques directions prises par le chant kaléidoscopique du padre vaudront certaines inimitiés à San Veleno, l'incontestable originalité du propos et l'efficacité globale des atmosphères aiguisent notre curiosité, et la suite s'annonce potentiellement... Unique !
Vous pouvez suivre San Veleno ici et vous procurer leur single ici-même.
The Eternal Youth est un groupe de punk rock (mais pas seulement) caennais qui a sorti l'an dernier son second album, Nothing Is Ever Over.
Après avoir eu la chance et le privilège d'assister à leur set boulonnais cette semaine, j'ai ressenti un besoin pressant : buriner quelques lignes sur mes tablettes à propos du majestueux rock hybride de la formidable troupe normande. Il a fallu que je me fasse violence pour ne pas élire "Voices From The Underground", hymne absolument irrésistible, comme sujet principal de cette petite chronique, mais "Sing Along" et son "confinement clip" se sont finalement imposés, The Eternal Youth étant assurément un groupe à voir autant qu'il s'écoute. Ne cherchons pas à tromper qui que ce soit : cet autre tube nous invite surtout à consommer frénétiquement l'album complet, un disque aussi homogène par sa qualité qu'il est varié en termes de chemins stylistiques. Fra (chanteur de Ravi ainsi que, désormais, des mythiques Burning Heads) et sa bande prennent un malin plaisir à nous faire visiter les différentes strates (enfin, une partie d'entre elles, ils ont encore d'autres cordes à leurs arcs) qu'ils affectionnent particulièrement et c'est ainsi qu'on finit par se prendre un enchaînement éclectique de bombes power pop, de punk survitaminé, de rock classieux et de post-punk ténébreux, un melting-pot transcendé par la science du riff, la pertinence de la basse, la pêche de la batterie et la magie bluffantes des vocalises. Dernier point mais qui ne saurait être éludé pour rien au monde ("Last but not playlist" en anglais), retenez bien que les prouesses constatées ici et la joie procurée par les écoutes successives sont décuplées en live, où The Eternal Youth communie, fusionne même avec son public, et vous ferait passer une ballade acidulée pour un brûlot trempé dans l'acide. Alors révisez ces classiques à la maison et foncez les voir près (ou pas !) de chez vous afin de passer une soirée inoubliable, en respectant scrupuleusement cette impérieuse injonction : "SING ALONG !"
Allez, on suit The Eternal Youth ici et on s'écoute l'album ici !
Jodie Faster est une troupe de joyeux drilles lillois qui assène un fastcore détonant (euphémisme) depuis déjà pas mal d'années et s'est fendue d'une pluie de cocktails Molotv auditifs depuis sa création, et notamment d'un album, Blame Yourself, en 2020.
De la même manière que pour The Eternal Youth, leurs partenaires de tournée et colocataires de chronique, le choix du titre a été appuyé par la plus-value visuelle que constitue le clip réalisé pour "JDS", extrait de Blame Yourself. Jodie Faster est une troupe de grands malades (un diagnostic que vous pourrez rapidement confirmer en assistant à une de leurs prestations live) et vous trouverez facilement de quoi les admirer en concert sur internet, mais les dessins animés du clip de "JDS" sont tellement fun qu'ils méritaient de trôner dans ce petit article. Pour ce qui est de la musique, je ferai preuve d'autant de concision et de brièveté que nos amis lillois (sur le terrain de l'efficacité, j'abandonne, ils sont intouchables). Outre le combo vitesse d'éxécution légendaire des zikos/rage dévastatrice du frontman (pour l'anecdote, Mika est le premier chanteur underground qu'il m'ait été donné d'admirer, il y a, euh, très très longtemps) et leur féroce engagement, l'un des points notables à propos de cette formation absolument unique réside dans leur utilisation exclusive de grattes en son clair. Il est ainsi formidable de recevoir des assauts soniques aussi ébouriffants à partir de cette formule, qui à n'en pas douter aère ces inlassables effusions, ajoute au côté inimitable de la bande mais ne retire, dans le même temps, absolument rien à la redoutable hargne du hardcore-punk des nordistes, dont la réputation dépasse largement les frontières.
On suit les pérégrinations de Jodie Faster ici et on peut checker le dernier album ici !
Los Disidentes Del Sucio Motel, souvent appelé LDDSM, est un groupe de stoner strasbourgeois ayant enchaîné les sorties depuis 2007, dont l'un des membres éminents, Nicolas Foucaud, a co-mené le projet Sapiens, et dont le dernier full-length, Polaris, est sorti en avril dernier.
Oubliez la graisse dégoulinante et les riffs à tout-va : le temps a fait son effet, et LDDSM débarque dans nos enceintes nantis d'une musique pêchue, certes, mais également très subtile, émotionnelle et cyclothymique. Pour autant, on se doute qu'une telle mue n'a pu que débuter bien avant ces dernières années, et qu'elle s'est probablement opérée de manière très naturelle, tant on sent la sérénité qui se dégage de la musique qu'il nous est donnée d'entendre. Dans le cas de "Blood-Planet Child", qui ouvre l'album, si l'énergie brute est toujours bel et bien présente (le gros son, les gueulantes, au sein d'un morceau par ailleurs plutôt planant), elle ne constitue qu'un outil au sein d'une palette plus qu'étoffée pour construire et peindre ce titre. Que LDDSM nous enchante ou nous secoue, il nous fait systématiquement vibrer et, point primordial et ô combien précieux, touche en permanence notre corde sensible. A l'image de la pochette du disque dans lequel "Blood-Planet Child" figure, ce dernier s'avère très réussi, intriguant et stellaire, évoquant parfois Baroness (le côté accrocheur des grattes, le chant mystique) ou Mars Red Sky (l'aspect envoûtant), et il constitue une parfaite entrée en matière pour découvrir ce que propose LDDSM en 2021.
Tous les liens utiles sont réunis sur la Klonosphere.
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